GUY MOQUET

1941, le monde est en guerre pour la deuxième fois de son histoire. Après des victoires militaires rapides et considérables, l’Allemagne nazie domine L’Europe, dans sa grande partie. Dans les pays occupés, l’Allemagne lève un tribut pour payer les frais d’occupation, réquisitionne des matières premières et des produits alimentaires, et utilise les prisonniers de guerre puis les civils comme travailleurs. Au-delà de cette exploitation économique, il s’agit aussi pour les nazis d’imposer leur idéologie fondée sur des principes raciste et antisémite. Dès lors, en plus des difficultés de la vie quotidienne inhérentes au contexte de guerre, les populations connaissent la peur qui les gagne de plus en plus face aux agissements de l’occupant allemand qui multiplie les arrestations, les déportations, voire les exécutions. Résister devient donc pour certains le mot d’ordre. Il n’y a alors pas une mais des résistances européennes qui se mettent en place. Résistance civile, comme en Pologne où malgré l’ordre de fermer tous les établissements scolaires, des cours clandestins sont donnés chez des particuliers. Résistance armée et organisée, comme en Allemagne où la liste des tentatives manquées d’attentat contre Hitler est longue.

1941, en France. Depuis la défaite de 1940, la France est coupée en deux : le Nord est occupé par l’Allemagne, le Sud, libre, est sous l’autorité d’un gouvernement français installé à Vichy, gouvernement qui opte néanmoins pour une collaboration avec les Allemands. La résistance s’organise. En effet, depuis l’attaque allemande de la Russie par les Allemands, le Parti Communiste Français entre en résistance en juin 1941, n’excluant pas la lutte armée, y compris l’attaque de soldats allemands, surtout des officiers.

Guy Môquet a 17 ans. Alors que son père déchu de ses fonctions de député communiste est incarcéré en Algérie, il quitte le lycée parisien, Carnot. Entré dans les Jeunesses communistes, il milite clandestinement. Il est arrêté par deux policiers français le 13 octobre 1940 sur dénonciation pour avoir distribué des tracts. Emprisonné à Fresnes, il rejoint ensuite le camp de Choisel, en Bretagne, le 16 mai 1941. La vie dans le camp est supportable et malgré le durcissement de la discipline, Guy Môquet continue d’être le bout-en-train de la baraque 10, celle des jeunes. Lui qui aime danser, courtiser les filles n’est pas le dernier à s’intéresser à l’arrivée à la mi-septembre de 46 militantes arrêtées pour distribution de littérature immorale. Il s’éprend même de l’une d’entre elles, Odette Leclan.

Le 20 octobre pourtant, le bruit court qu’un officier de l’armée allemande a été tué. Aussitôt les Allemands décident de dresser une liste de personnes à fusiller. Pour choisir, ils sont aidés par des hommes du gouvernement français. En effet sur les 27 otages, 17 d’entre eux figurent sur les listes dressées par les hommes de Vichy.

Le 22 octobre, Guy Môquet et les 26 autres otages montent dans des camions en chantant la Marseillaise. A deux kilomètres, à la sortie de Châteaubriant, dans une carrière de sable, les 27 sont fusillés. 90 soldats font face à 9 poteaux. Guy Môquet, inanimé, tombe sous les balles de l’avant-dernière salve. On peut s’étonner de l’exécution d’un adolescent de 17 ans. Mais le choix est délibéré : en fusillant ce fils d’ex-député communiste, l’occupant affiche que l’âge des simples distributeurs de tracts n’excuse rien, bien au contraire. A l’annonce de l’exécution des 27, l’émoi est considérable en France. L’opinion qui a d’abord condamné les attentats contre les Allemands se retourne en bonne partie contre l’occupant.

Avant son exécution, Guy Môquet rédige trois lettres, ce 22 octobre 1941 : une première à sa mère relatant de manière assez banale la vie quotidienne au camp ; puis la lettre qui vous sera lue et pour laquelle il a disposé d’une heure et qui conserve après 65 ans toute son émotion. Enfin, juste avant de monter dans les camions, il écrit un court billet notamment à Odette, qu’un gendarme transmet : « Je vais mourir avec mes 26 camarades. Nous sommes courageux. Ce que je regrette est de ne pas avoir eu ce que tu m’as promis (un baiser). Mille grosses caresses de ton camarade qui t’aime. Guy. »

A travers la mémoire de Guy Môquet, prenons conscience de la fragilité d’une liberté qui peut être perdue. A travers la mémoire de Guy Môquet, souvenons-nous de ces enfants, femmes et hommes, connus ou anonymes, qui ont combattu et combattent encore de nos jours pour conserver leurs libertés ; mais souvenons-nous aussi de tous ceux à qui la liberté fût prise sans qu’ils aient pu se défendre.

Discours rédigé par Mme Georges, professeure d’histoire et géographie, lors de la commémoration du souvenir de Guy Môquet.